L’union Africaine lance une Agence spatiale africaine (ASAf), première initiative du genre
L’Afrique a récemment franchi une étape historique avec le lancement de sa toute première agence spatiale continentale. L’Agence spatiale africaine (ASAf) est une initiative qui vise à renforcer l’observation de la Terre et le partage de données cruciales, en particulier pour les informations climatiques et météorologiques. Cela intervient à point nommé d’autant plus que l’accès à ces données devient de plus en plus difficile à l’échelle mondiale.
Une Agence pour la coordination et l’équité
Basée au Caire en Egypte, l’Agence spatiale africaine (ASAf), inaugurée le mois dernier sous l’égide de l’Union africaine, est en phase de mise en place de son personnel et de ses structures. Sa mission principale sera de coordonner les programmes spatiaux nationaux existants sur le continent.
Comme l’explique Meshack Kinyua, ingénieur spatial et expert en politique spatiale africaine, « Les activités spatiales sur le continent ont été très fragmentées ». Pour y remédier, « L’Agence spatiale africaine introduit un cadre de coordination et des économies d’échelle : elle place tous les membres de l’Union africaine sur un pied d’égalité en matière d’accès aux données collectées en fonction de leurs besoins ».
L’ASAf ambitionne donc de consolider l’infrastructure spatiale du continent en déployant de nouveaux satellites, en installant des stations météorologiques et en facilitant le partage des données à travers l’Afrique et au-delà. Danielle Wood, professeure associée au MIT, observe que si les premiers leaders spatiaux africains comme le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud ont mis du temps à établir leurs agences, les nouveaux pays peuvent désormais s’appuyer sur ces expériences et collaborer pour progresser plus rapidement.
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Un besoin pressant face au changement climatique
L’Afrique, bien que peu responsable du réchauffement climatique, est le continent le plus vulnérable à ses conséquences, dont les phénomènes météorologiques extrêmes. Le manque de données météorologiques et climatiques précises a depuis toujours entravé la capacité des scientifiques à prédire les tendances à long terme et celle des gouvernements à alerter les populations en cas de danger imminent.
L’ASAf représente une avancée majeure pour combler ces lacunes, mais elle cherchera également à étendre certains projets réussis à l’ensemble du continent. On citera entre autres, les systèmes d’alerte précoce pour les pêcheurs en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du fleuve Congo.
Partenariats et défis financiers pour l’Agence spatiale africaine
Le lancement de l’agence survient peu après la réduction significative du financement de certains programmes spatiaux en Afrique par des acteurs comme l’USAID. « Obtenir des ressources financières est un défi, car il y a tant à accomplir et nos ressources sont limitées », explique Kinyua. « Cependant, nous devons avancer petit à petit avant de pouvoir commencer à fonctionner », rajoute-t-il pour confirmer que l’UA financera son agence spatiale projet après projet.
Le fonctionnement de l’ASAf trouvera toutefois son équilibre sur d’autres plans, et notamment à travers des collaborations. L’ASAf a ainsi déjà établi un partenariat avec l’Agence spatiale européenne (ESA) pour la formation d’experts et l’échange de connaissances, sur le traitement des données et la construction de satellites. Ce type de collaboration est crucial, car le coût de lancement de nouveaux satellites d’observation de la Terre peut être très élevé.
